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Exposition de Léonard Bourgois Beaulieu, Les vestiges indociles - Galerie Alain Gutharc

Exposition de Léonard Bourgois Beaulieu, Les vestiges indociles - Galerie Alain Gutharc
Photo : © Courtesy Léonard Bourgois Beaulieu & Galerie Alain Gutharc
Période
11 dates, du 6 novembre au 21 novembre
Horaires
11h – 19h
Lieu
Galerie Alain Gutharc, 7, rue Saint Claude, 75003 Paris (Paris)
Tarif
Gratuit
Organisateur
Bicentenaire de la Photographie - 2026-2027

En 2012, à la Villa Médicis, j’ai travaillé à la chambre comme on prélève : une architecture, une terrasse, un jardin, des lignes d’horizon. J’en rapportais des négatifs qui allaient connaître un… "En 2012, à la Villa Médicis, je photographiais la pierre.

Je cherchais dans l’architecture quelque chose qui excède le monument : une matière ayant traversé le temps, chargée par les usages, les présences et les regards successifs. La Villa m’apparaissait moins comme un édifice conservé que comme un corps ancien continuellement réactivé par ceux qui le traversent. La pierre demeurait, mais elle n’était pas immobile. Elle accumulait.

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Je voulais soumettre mes négatifs à une transformation comparable. Par mon procédé de lychenotypie, leur surface était rendue vulnérable à l’humidité, à la température, aux micro-organismes et aux minéraux. Il ne s’agissait plus seulement d’enregistrer un lieu ancien, mais de laisser le temps agir physiquement sur son image. Faire de la photographie non pas le constat d’un vestige, mais une matière susceptible, elle aussi, d’en devenir un.

Au cours de ces prises de vue, un groupe d’enfants est entré dans la Villa. Ils avaient des skateboards et un appareil photographique. Ils jouaient, se photographiaient, occupaient les espaces librement ; certains lavaient leurs vêtements dans la vasque de la fontaine d’Hermès. Personne ne vint les interrompre.

Leur présence introduisait une forme d’indiscipline dans ce lieu voué à la conservation. À la monumentalité de l’architecture répondaient des gestes sans importance apparente : jouer, glisser, poser, laver un vêtement. Là où le monument organise habituellement une certaine distance entre le passé et celleux qui le regardent, les enfants abolissaient cette distance. Ils ne visitaient pas tout à fait la Villa : ils l’habitaient momentanément. Leur désinvolture restituait au lieu quelque chose de son présent.

Puis ces photographies ont disparu.

Les négatifs ont été perdus pendant plus de dix ans. Avec eux s’est effacé presque entièrement le souvenir de cette scène. De ce travail, je ne conservais que l’idée de la pierre. Lorsque j’ai retrouvé les négatifs en 2025, je n’ai donc pas simplement redécouvert des images oubliées : j’ai découvert des événements auxquels j’avais assisté et dont ma mémoire ne portait plus la trace.

Ce déplacement transforme aujourd’hui profondément le sens du travail.

Ce que je pensais avoir photographié, la persistance de la pierre, avait survécu dans ma mémoire. Ce qui était vivant, mobile, accidentel, les enfants et leurs gestes, en avait disparu. Mon amnésie avait opéré son propre montage : elle avait conservé le monument et supprimé le vivant.

Pendant ce même temps, les négatifs avaient continué à se transformer. Leurs surfaces sont devenues dorées. Les contours se sont dissous. La peau, la pierre, les statues et les vêtements tendent désormais vers une même matière. Les visages ne sont plus identifiables. Ce qui avait été conçu pour rendre l’image vivante l’a progressivement soustraite à sa fonction documentaire.

La photographie ne restitue donc plus intact ce que ma mémoire aurait perdu. Elle a elle-même oublié.

Mais son oubli est d’une autre nature. Là où la mémoire a retranché les enfants du récit, la matière photographique les a mêlés au lieu. Elle n’a pas effacé leur présence : elle l’a rendue indissociable de ce qui l’entoure.

C’est peut-être là que se situe aujourd’hui Les Vestiges indociles.

Le vestige n’est plus seulement la pierre ancienne que je cherchais à photographier en 2012. Il est aussi le négatif altéré, le souvenir défaillant, le corps anonyme, l’événement minuscule dont personne n’avait prévu la conservation. Il désigne ce qui demeure sans demeurer intact.

Les enfants photographiés ce jour-là échappaient déjà, par leurs gestes, à la conduite attendue dans un monument historique. Treize ans plus tard, leurs images échappent à nouveau à toute fixation : leurs identités disparaissent, leurs corps se…

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